L'énonciation et le discours rapporté
Discours ancré / récit coupé, embrayeurs, discours direct, indirect, indirect libre, récit de paroles et concordance des temps.
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Comprendre
Avant de commencer
①L'énonciation : discours ancré ou récit coupé ?
Avant d'analyser un texte, posez quatre questions : qui parle ? à qui ? quand ? où ? Selon les réponses, l'énoncé est soit ancré dans une situation identifiable, soit coupé de cette situation et organisé comme un récit autonome.
Je« Je crois que lire est l'un des actes les plus libres. » (je, présent d'énonciation) |
Test — Indices fréquents : je, tu, nous, ici, maintenant, aujourd'hui ; présent, futur, passé composé. Textes fréquents : lettre, discours, article, essai, dialogue.
distribuaitIl passa« Le facteur distribuait le courrier. Il passa devant la boulangerie. » (il, imparfait, passé simple) |
Test — Indices fréquents : il, elle, ils, ce jour-là, la veille, alors ; passé simple, imparfait, plus-que-parfait. Textes fréquents : roman, conte, fable.
| À faire | Formulation efficace |
|---|---|
| Identifier | « Le passage relève majoritairement du récit coupé de l'énonciation. » |
| Justifier | « On le voit aux pronoms de 3e personne, aux temps du récit et aux repères internes comme “la veille”. » |
| Nuancer | « Le dialogue inséré crée toutefois une rupture : les paroles du personnage sont ancrées dans sa propre situation d'énonciation. » |
②Les embrayeurs (déictiques)
On appelle embrayeurs (ou déictiques) les mots dont le référent dépend de la situation d'énonciation. « je », « ici » ou « demain » ne désignent pas la même personne, le même lieu ou le même jour selon qui parle, où et quand. Au concours, il faut donc les relever et préciser leur référent dans le passage.
| Catégorie | Mots | Ce qu'ils désignent |
|---|---|---|
| Personnes | je, tu, nous, vous, me, te, mon, votre | Le locuteur, le destinataire ou leur groupe |
| Indicateurs de temps | maintenant, aujourd'hui, hier, demain | Le moment par rapport au moment où l'on parle |
| Indicateurs de lieu | ici, là, ce lieu | L'espace par rapport à la position du locuteur |
| Démonstratifs | ce, cette, ceci, cela | Ce que le locuteur montre ou désigne dans la situation |
Déictique ou anaphorique ?
③Les marques de subjectivité (la modalisation)
Quand un énoncé est ancré dans la situation d'énonciation (lettre, essai, discours, article), le locuteur ne se contente pas d'informer : il laisse paraître son point de vue. Repérer ces traces, c'est analyser la modalisation. La question revient souvent sur les textes argumentatifs : « Relevez les marques de subjectivité » ou « Comment l'auteur s'implique-t-il dans son propos ? ».
| Marque | Exemples | Ce qu'elle révèle |
|---|---|---|
| Lexique évaluatif (mélioratif ou péjoratif) | « un chef-d'œuvre », « ce torchon », « hélas » | Un jugement de valeur, positif ou négatif |
| Modalisateurs (adverbes et locutions) | peut-être, sans doute, certes, heureusement, à mon avis | Le degré de certitude ou l'appréciation du locuteur |
| Verbes et tournures de modalité | devoir, pouvoir, il faut, je crois que, il semble que | L'obligation, la possibilité, le doute |
| Temps, modes et ponctuation | conditionnel d'information non confirmée (« le bilan serait lourd »), exclamation, question rhétorique | La prudence, l'émotion, l'implication |
Le pronom « on » : un cas d'énonciation
④Les formes du discours rapporté
Soit Paul a dit : « Je pars demain. » On peut rapporter ces paroles de quatre façons. Une bonne réponse de concours nomme la forme, cite deux indices grammaticaux ou typographiques, puis commente l'effet produit.
Test — Guillemets ou tirets de dialogue, deux-points possibles, verbe introducteur ou incise, embrayeurs du personnage. Effet : authenticité, vivacité, théâtralisation.
Test — Verbe introducteur + que / si / mot interrogatif / de + infinitif ; embrayeurs transposés ; concordance des temps si l'introducteur est au passé. Effet : distance, intégration au récit. Renvoi : voir la phrase complexe.
Test — Ni guillemets ni verbe introducteur ; phrase autonome ; temps du récit (souvent imparfait ou conditionnel) ; marques expressives ou subjectives. Effet : accès aux pensées, fusion des voix narrateur / personnage.
annonça son départdit au revoir« Il lui annonça son départ pour Paris. » ; « Elle lui dit au revoir. » |
Test — Un verbe de parole, mais aucun contenu reproduit. Effet : résumé, accélération du rythme.
| Forme | Guillemets | Verbe introducteur | Effet |
|---|---|---|---|
| Discours direct | Oui | Oui | Authenticité, vivacité |
| Discours indirect | Non | Oui (+ que / si / de) | Distance, intégration au récit |
| Discours indirect libre | Non | Non | Intimité, ambiguïté des voix |
| Récit de paroles | Non | Oui (sans contenu) | Résumé, accélération |
Formule d'analyse
⑤La concordance des temps
Au discours indirect, on adapte les paroles à la nouvelle phrase : les pronoms changent selon le locuteur, les repères de temps et de lieu deviennent relatifs au récit, et les temps verbaux suivent le temps du verbe introducteur (dit, déclara, avait répondu…). Sur les valeurs et l'emploi des temps, voir les temps du passé.
Les embrayeurs se transposent aussi : demain → le lendemain, hier → la veille, aujourd'hui → ce jour-là.
| Paroles directes | Construction indirecte | Exemple |
|---|---|---|
| Déclaration | que + proposition subordonnée | « Je pars » → il dit qu'il part |
| Question oui / non | si + proposition subordonnée | « Viens-tu ? » → il demande si elle vient |
| Question avec mot interrogatif | mot interrogatif conservé | « Où vas-tu ? » → il demande où elle va |
| Question en « qu'est-ce que » | ce que | « Qu'est-ce que tu fais ? » → il demande ce qu'elle fait |
| Question en « qu'est-ce qui » | ce qui | « Qu'est-ce qui se passe ? » → il demande ce qui se passe |
| Ordre ou conseil | de + infinitif | « Pars ! » → il lui dit de partir |
| Paroles (DD) | Discours indirect (il déclara que…) | Transformation |
|---|---|---|
| « Je pars. » | qu'il partait | présent → imparfait |
| « Je partirai. » | qu'il partirait | futur → conditionnel |
| « Je suis parti. » | qu'il était parti | passé composé → plus-que-parfait |
| « Je partais. » | qu'il partait | imparfait → inchangé |
| « Je partirais. » | qu'il partirait | conditionnel → inchangé |
Piège n°1 · un dialogue ne rend pas tout le texte ancré
On croit : Dire qu'un extrait de récit est entièrement ancré dans l'énonciation parce qu'il contient une réplique au discours direct.
En réalité : Un récit peut être majoritairement coupé de l'énonciation tout en contenant une rupture locale : le dialogue est ancré dans la situation du personnage, mais le cadre narratif reste au système du récit.
Distinguer le système dominant du passage et les ruptures locales : narration, dialogue, pensée rapportée.
Piège n°2 · « est-ce que » au discours indirect
On croit : « Il demanda est-ce qu'elle viendrait. »
En réalité : « est-ce que » appartient à l'interrogation directe : il disparaît toujours au discours indirect, remplacé par si (question totale) : « Il demanda si elle viendrait. » De même, « qu'est-ce que » devient ce que et « qu'est-ce qui » devient ce qui : « Il demanda ce qu'elle voulait », « Il demanda ce qui la retenait ».
Pour une question oui/non rapportée, employer « si » ; pour une question partielle, le mot interrogatif (où, quand, pourquoi…) ; pour « qu'est-ce que / qu'est-ce qui », « ce que / ce qui ».
Piège n°3 · discours indirect ou indirect libre ?
On croit : « Il partirait dès l'aube ! » analysé comme discours indirect parce qu'il n'y a pas de guillemets.
En réalité : L'absence de guillemets ne suffit pas. Le DI exige un verbe introducteur + une subordonnée. Ici, phrase autonome, conditionnel et exclamation : c'est du discours indirect libre.
Chercher le verbe introducteur et la subordination : s'ils manquent et que la phrase est autonome, c'est du DIL.
Piège n°4 · transposer seulement les temps
On croit : « Elle déclara : “Je prendrai mon train ici demain.” » → « Elle déclara qu'elle prendrait mon train ici demain. »
En réalité : La concordance des temps ne suffit pas : il faut aussi transposer les pronoms, les déterminants possessifs et les repères. Correction : « Elle déclara qu'elle prendrait son train là le lendemain. »
Faire trois vérifications : personne (je → elle), possession (mon → son), repères (ici → là ; demain → le lendemain).
Cycle 3 : les élèves apprennent à reconnaître et à ponctuer le dialogue (discours direct), puis à transposer au discours indirect.
Cycle 4 : la distinction des systèmes d'énonciation et le discours indirect libre relèvent surtout de l'expertise du professeur.
Ce que vous devez savoir dire : « On enseigne d'abord le discours direct par la ponctuation du dialogue, avant la transposition au discours indirect, qui demande de manipuler pronoms, temps et indicateurs. »
Méthode
Trois démarches
« Ce matin-là, Louise referma la porte. Elle savait qu'elle ne reviendrait pas avant longtemps. » Ancré ou récit ? Deux indices.
« Elle relut l'énoncé. Non, décidément, elle ne comprenait rien ! » Quelle forme, et pourquoi ?
Transposez : Il déclara : « Je suis parti hier. » (verbe introducteur au passé)