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06Partie 1 : Grammaire de la phrase★★ FréquentCycle 2 et 3 + lycée

Types et formes de phrase

Ce que fait la phrase (déclarer, interroger, ordonner) et comment elle le fait (exclamative, négative, emphatique, impersonnelle, passive).

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Comprendre

Avant de commencer

Analyser une phrase, ce n'est pas seulement repérer ses propositions (voir la phrase complexe). C'est aussi dire ce qu'elle fait (elle déclare, interroge ou ordonne) et comment elle le fait (négative, exclamative, emphatique, impersonnelle, passive). La règle d'or tient en une phrase : une phrase a toujours un seul type, et zéro, une ou plusieurs formes. C'est justement pour cela que l'exclamation n'est pas un type mais une forme : elle se superpose à un type. Gardez cette distinction en tête, c'est elle qui sépare les bonnes copies des autres.

Type et forme : à ne pas mettre dans la même colonne

Le type répond à la question « que fait la phrase ? » : elle déclare, elle interroge ou elle ordonne. Il est obligatoire et unique : toute phrase relève d'un type, et d'un seul. La terminologie actuelle n'en compte donc que trois (déclaratif, interrogatif, injonctif) : l'ancien « type exclamatif » est aujourd'hui rangé parmi les formes.

La forme répond à la question « comment le fait-elle ? » : la phrase est-elle exclamative, négative, emphatique, impersonnelle ou passive ? La forme est facultative et cumulable : une phrase peut n'avoir aucune de ces formes (on parle alors de forme neutre et affirmative), ou en cumuler plusieurs.

Une phrase = un type + d'éventuelles formes
PhraseType (1 seul)Forme(s) (0, 1 ou +)
« Pierre vient demain. »DéclaratifNeutre (affirmative)
« Pierre ne vient pas. »DéclaratifNégative
« Ne viens-tu pas ? »InterrogatifNégative
« C'est Pierre qui viendra. »DéclaratifEmphatique
« Il manque trois élèves. »DéclaratifImpersonnelle
« Le voleur a été arrêté. »DéclaratifPassive
« Comme cette histoire est belle ! »DéclaratifExclamative
« Comment as-tu pu faire ça ! »InterrogatifExclamative

Ne confondez pas « type de phrase » et « modalisation »

Le type est un fait de structure (la forme grammaticale de la phrase, marquée par la syntaxe et la ponctuation). La modalisation (verbes comme devoir, pouvoir, modalisateurs comme peut-être, sans doute, question rhétorique) relève de l'attitude du locuteur : c'est un autre objet, traité dans la notion énonciation. Une « question rhétorique » est un procédé d'énonciation ; une phrase interrogative est un type. Le mot « modalité » sert pour les deux, d'où la confusion fréquente.

Les 3 types de phrase

Chaque type correspond à une intention de communication et se reconnaît à des marques (ponctuation, parfois construction ou mot spécifique). La terminologie actuelle en compte trois, et ils sont exclusifs : une phrase est soit déclarative, soit interrogative, soit injonctive. Attention : un point d'exclamation ne crée pas un « type exclamatif » ; l'exclamation est une forme (voir ⑤), qui vient se superposer à l'un de ces trois types.

Déclaratif
2 sous-classes
La phrase donne une information, énonce un fait, une opinion. C'est le type le plus courant, celui du récit et de l'explication.

TestSi la phrase pose un fait sans rien demander ni ordonner, et se termine par un point, elle est déclarative.

Injonctif
3 sous-classes
La phrase donne un ordre, un conseil, une consigne, une prière ou une défense. On l'appelle aussi phrase impérative, mais elle ne se construit pas toujours avec l'impératif.

TestLa phrase cherche à faire agir (ordre, conseil, consigne) : elle est injonctive, quel que soit le mode du verbe.

PiègeTrès souvent sans impératif : c'est le zoom ④.

Interrogatif
2 sous-classes
La phrase demande une information à l'interlocuteur ; elle attend une réponse.

TestLa phrase appelle une réponse (oui/non ou une information) et se termine par un point d'interrogation.

PiègeL'interrogation peut être totale ou partielle, et se dire à trois registres : c'est le zoom ③.

Zoom sur l'interrogation : totale ou partielle, et trois registres

L'interrogation se décrit selon ce sur quoi elle porte et selon le registre (la langue plus ou moins soutenue). Ces deux axes sont indépendants et tombent régulièrement au concours.

Sur quoi porte la question ?
TypePorte surRéponse attendueExemple
Totaletoute la phraseoui / non« Viendras-tu ? » → oui ou non
Partielleun seul élémentune information« Quand viendras-tu ? » → demain
L'interrogation partielle se reconnaît à son mot interrogatif : qui, que, quoi, où, quand, comment, pourquoi, combien, quel, lequel. L'interrogation totale n'en a pas : elle porte sur l'ensemble du propos.
Les trois registres de l'interrogation directe
RegistreConstructionExemple
Soutenuinversion du sujet« Viens-tu ? » · « Où vas-tu ? »
Courant« est-ce que »« Est-ce que tu viens ? » · « Où est-ce que tu vas ? »
Familier (oral)intonation seule« Tu viens ? » · « Tu vas ? »

Interrogation directe ou indirecte ?

Tout ce qui précède concerne l'interrogation directe (vraie question, point d'interrogation). Quand la question est rapportée dans une subordonnée (« Je me demande s'il viendra. »), il s'agit de l'interrogation indirecte : ce n'est plus un type de phrase, mais une subordonnée interrogative indirecte, traitée dans la phrase complexe. La phrase qui la contient est alors déclarative.

Zoom sur l'injonction : bien plus que l'impératif

La phrase injonctive se construit le plus souvent à l'impératif, mais l'erreur classique est de croire que « pas d'impératif = pas d'injonction ». Le critère est l'intention (faire agir), pas le mode du verbe.

Une intention, plusieurs constructions
ConstructionExempleEmploi typique
Impératif« Ferme la porte. »ordre direct
Infinitif« Battre les œufs en neige. »consignes, recettes, panneaux
Subjonctif« Qu'il sorte ! »ordre à la 3e personne
Futur« Vous prendrez deux comprimés par jour. »consigne, prescription
Phrase nominale« Silence ! » · « Défense de fumer. »interdiction, consigne brève
Valeurs possibles d'une même phrase injonctive : ordre (« Sortez. »), défense (« Ne pas courir. »), conseil (« Reposez-vous. »), prière (« Aide-moi, je t'en prie. »), consigne (« Souligner le verbe. »). C'est le contexte qui tranche.

Les formes : exclamative, négative, emphatique, impersonnelle, passive

Les formes se superposent au type sans le modifier. La terminologie en distingue cinq : exclamative, négative, emphatique, impersonnelle et passive. On les détaille ci-dessous ; la forme passive relève de la voix du verbe et sa mécanique complète est traitée dans la notion groupe verbal.

Forme exclamative
3 sous-classes
La phrase exprime un sentiment vif (joie, surprise, indignation, admiration). Ce n'est pas un type : l'exclamation se superpose au type de la phrase, qui reste déclaratif, injonctif ou interrogatif.

AstuceDemandez d'abord ce que fait la phrase (déclarer / interroger / ordonner) → c'est le type. L'exclamation ne vient qu'ensuite, comme une forme.

PiègeUn point d'exclamation ne change pas le type : « Sors ! » reste de type injonctif ; il est simplement à la forme exclamative.

Forme négative
3 sous-classes
La phrase nie tout ou partie du propos. La négation s'écrit en deux éléments : « ne » + un second mot. À l'oral, le « ne » disparaît souvent, mais il est obligatoire à l'écrit.

AstucePour savoir si « ne » est une vraie négation, remplacez par « seulement » : si la phrase garde son sens, c'est « ne… que », donc une restriction, pas une négation.

Piège« ne… que » n'est pas une négation : c'est une restriction (= seulement). « Je n'ai qu'un euro » signifie « j'ai seulement un euro » : phrase affirmative restrictive.

Forme emphatique
2 sous-classes
La phrase met un élément en relief, au lieu de l'énoncer de façon neutre. Deux procédés principaux : l'extraction par un présentatif, et la dislocation.

Piège« C'est Pierre qui a gagné » reste une phrase déclarative : l'emphase est une forme, pas un type. Le présentatif sert ici à mettre en relief, pas à changer la nature de la phrase.

Forme impersonnelle
2 sous-classes
Le sujet « il » ne représente personne ni rien : c'est un sujet purement grammatical, sans référent (on dit aussi « il » impersonnel ou explétif).

PiègeDistinguez le « il » impersonnel (« Il faut partir ») du « il » personnel qui reprend un nom (« Paul est là, il sourit »). Test : peut-on remplacer « il » par un nom ? Si oui, il est personnel ; si non, il est impersonnel.

Forme passive
2 sous-classes
Le sujet ne fait pas l'action : il la subit. La phrase passive correspond à une phrase active dont le COD est devenu sujet (« La police a arrêté le voleur » → « Le voleur a été arrêté par la police »).

PiègeLa forme passive relève de la voix du verbe : sa mécanique complète (transformation, complément d'agent, accord) est traitée dans la notion « Le groupe verbal ». On la nomme ici pour compléter les cinq formes.

Pour aller plus loin · la négation (hors attendus)

Le « ne » explétif n'est pas une négation. Après certains verbes (craindre, redouter, avoir peur que) et certaines conjonctions (avant que, à moins que, de peur que), un « ne » apparaît sans valeur négative : « Je crains qu'il ne vienne » signifie « j'ai peur qu'il vienne ». On peut le supprimer sans changer le sens. Hors attendus du concours, mais fréquent en langue soutenue et en littérature.

Deux négations ne s'annulent pas toujours. Certaines se cumulent et restent négatives : « Il n'a rien dit à personne ». D'autres se neutralisent et deviennent affirmatives : « Il n'est pas sans savoir » (= il sait), « Ce n'est pas rien » (= c'est important) : c'est une forme de litote.

Test du « ne » explétif : si l'on peut le supprimer sans changer le sens, il est explétif. « Je crains qu'il vienne » = « Je crains qu'il ne vienne ».
À l'écoleLe regard du futur enseignant

Au primaire, les types de phrase passent d'abord par la ponctuation. Dès le cycle 2 (CP-CE2), les élèves identifient la phrase et ses signes de fin (point, point d'interrogation, point d'exclamation) et produisent des phrases déclaratives, interrogatives et injonctives, à l'oral comme à l'écrit. Au cycle 3 (CM1-6e), on observe et on nomme les types de phrase, et on travaille la phrase négative ainsi que le passage de la forme affirmative à la forme négative (voir les programmes en vigueur).

Erreurs d'élèves à savoir repérer : oublier le point d'interrogation à l'écrit ; écrire la négation sans « ne » (« j'ai pas vu »), calquée sur l'oral ; croire qu'un point d'exclamation fait un « type exclamatif », alors que l'exclamation est une forme qui se superpose au type (déclaratif, injonctif…). Ce que vous devez savoir dire : la marque écrite (ponctuation de fin, « ne » de négation) est justement ce que l'école construit, parce qu'elle ne va pas de soi à l'oral.

Méthode

Le réflexe : d'abord le type, ensuite la ou les formes

Face à une phrase à analyser, on suit toujours le même chemin : repérer la ponctuation et le verbe, nommer le type (un seul), puis repérer la ou les formes (négative, emphatique, impersonnelle), enfin justifier par une marque (mot interrogatif, construction, présentatif…). Chaque démarche ci-dessous est déroulée jusqu'à la phrase à recopier le jour J.
MéthodeDonner le type et la forme d'une phrase
Question typique : « Indiquez le type et la forme de la phrase : Ne dis-tu jamais la vérité ? »
1
Repérer la ponctuation finale et le verbe. Le point d'interrogation et l'inversion du sujet (dis-tu) orientent vers le type interrogatif.
Ne / dis / tu / jamais / la vérité ? → ponctuation : point d'interrogation.
2
Nommer le type (un seul). La phrase demande une information : elle est de type interrogatif. Elle est partielle ou totale ? Pas de mot interrogatif portant sur un élément précis : elle porte sur tout le propos, c'est une interrogation totale (réponse attendue : oui / non).
Type : interrogatif, interrogation totale, registre soutenu (inversion dis-tu).
3
Repérer la ou les formes. On voit « ne… jamais » : la phrase est à la forme négative. La négation est ici partielle (elle porte sur le temps, pas sur tout le propos).
ne… jamais → forme négative, négation partielle (le temps).
Attention au double emploi de totale/partielle : ici la question est totale (réponse oui/non), mais la négation est partielle (elle porte sur jamais). Les deux axes sont indépendants.
Réponse
Réponse attendue (formulation modèle) : « Cette phrase est de type interrogatif (interrogation totale, registre soutenu marqué par l'inversion dis-tu et le point d'interrogation) et de forme négative (négation partielle ne… jamais, portant sur le temps). »
MéthodeCaractériser une interrogation : totale ou partielle, et son registre
Question typique : « Caractérisez l'interrogation : Où est-ce que tu as rangé les clés ? »
1
Chercher un mot interrogatif portant sur un élément. interroge sur le lieu : la question ne porte pas sur tout le propos mais sur un seul élément.
→ porte sur le lieu → interrogation partielle.
2
Identifier le registre par la construction. Présence de « est-ce que » : c'est le registre courant. (Le soutenu donnerait Où as-tu rangé les clés ?, le familier Tu as rangé les clés où ?.)
est-ce que → registre courant.
Réponse
Réponse attendue (formulation modèle) : « Il s'agit d'une interrogation partielle (elle porte sur le lieu, marqué par ), de registre courant (tournure est-ce que). La phrase est donc de type interrogatif, sans autre forme particulière. »
Le piège de la fichePiège classique

« quel » : type interrogatif ou forme exclamative ?

On croit : « Quelle heure est-il ? » serait à la forme exclamative parce qu'elle commence par « quelle ».

En réalité : « Quelle heure est-il ? » est de type interrogatif (elle demande une information). « Quelle belle journée ! » est à la forme exclamative (elle exprime un sentiment). Le mot quel sert aux deux, mais l'un est un type, l'autre une forme.

Regardez la ponctuation et l'intention : point d'interrogation + demande → type interrogatif ; point d'exclamation + émotion → forme exclamative (le type restant déclaratif, injonctif…).

Le piège de la ficheTrès fréquent

Une phrase sans impératif peut être injonctive

On croit : « Ne pas se pencher au dehors » serait déclarative, puisqu'il n'y a pas d'impératif.

En réalité : Elle est injonctive : elle donne une consigne (une défense), ici à l'infinitif. L'injonction se reconnaît à l'intention (faire agir), pas au mode du verbe.

Demandez-vous : la phrase cherche-t-elle à faire faire quelque chose ? Si oui, elle est injonctive, même à l'infinitif, au subjonctif ou en phrase nominale.

Le piège de la ficheRestriction

« ne… que » n'est pas une négation

On croit : « Je n'ai qu'un euro » serait une phrase négative à cause du « ne ».

En réalité : « ne… que » exprime une restriction (= seulement) : « Je n'ai qu'un euro » signifie « j'ai seulement un euro ». La phrase est affirmative (restrictive), pas négative.

Remplacez « ne… que » par « seulement » : si le sens tient, c'est une restriction. Une vraie négation, elle, supprime le fait (« Je n'ai pas d'euro »).

Le piège de la ficheÀ garder en tête

L'emphase est une forme, pas un type

On croit : « C'est Pierre qui a gagné » serait un type particulier à cause du présentatif « c'est ».

En réalité : Le présentatif « c'est… qui » sert ici à mettre en relief : la phrase reste de type déclaratif, simplement à la forme emphatique. On distingue d'ailleurs cet emploi des phrases à présentatif pur (« Voici la mer »).

Reformulez sans l'emphase : « Pierre a gagné. » Le type ne bouge pas, seule la mise en relief disparaît : c'était donc bien une forme.

Checkpointà vous de jouer
30 secondes

Indiquez le type et la ou les formes de la phrase : « Comme il n'a rien compris ! »

Méthode bien en tête ? Passez à l’application.