La phrase complexe et sa ponctuation
Compter et nommer les propositions, comprendre leurs liens et justifier la ponctuation syntaxique.
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Comprendre
La méthode
①Phrase simple ou complexe : compter les verbes conjugués
Une proposition est un groupe de mots organisé autour d'un verbe conjugué. On compte donc les propositions en comptant les verbes conjugués.
Phrase simple : un seul verbe conjugué, donc une seule proposition (indépendante).
Phrase complexe : plusieurs verbes conjugués, donc plusieurs propositions reliées entre elles.
« pressée », « atteindre » et « saisir » sont des formes non conjuguées : elles ne comptent pas ici, car elles n'ont pas de sujet propre distinct (voir l'étape ⑤).
Le réflexe à avoir
②Juxtaposition, coordination, subordination
Dans une phrase complexe, les propositions sont reliées de trois façons. Pour les distinguer, posez-vous une seule question : qu'est-ce qui relie les deux propositions, et sont-elles de même rang ?
| Mode | Ce qui relie | Rang des propositions | Exemple |
|---|---|---|---|
| Juxtaposition | Un signe de ponctuation seul (virgule, point-virgule, deux-points) | Même rang (deux indépendantes) | « Il pleut, je reste. » |
| Coordination | Une conjonction de coordination | Même rang (deux indépendantes) | « Il pleut, mais je sors. » |
| Subordination | Un subordonnant (pronom relatif, conjonction de subordination…) | Rangs inégaux : la subordonnée dépend de la principale | « Je sais qu'il viendra. » |
Mémoriser les 7 conjonctions de coordination
③Ponctuation syntaxique : virgule, point-virgule, deux-points
Dans une phrase complexe, la ponctuation sert souvent à rendre visible la relation entre les groupes et les propositions. Au concours, il ne suffit pas d'écrire que « la virgule marque une pause » : il faut nommer l'emploi et le justifier par la structure de la phrase. C'est un grand classique de l'épreuve : justifier l'emploi d'une virgule revient régulièrement.
| Signe | Emploi | Ce qu'il faut dire |
|---|---|---|
| Virgule | Juxtaposition | Elle relie deux propositions de même rang sans conjonction : « Il entra, il s'assit. » |
| Virgule | Subordonnée antéposée | Elle sépare une subordonnée placée avant la principale : « Quand il arriva, elle lisait. » |
| Virgule | Détachement | Elle isole un constituant mobile ou mis en relief : « Épuisée, elle s'endormit. » |
| Virgule | Relative explicative | Elle isole une relative qui ajoute une information non essentielle (par opposition à la relative déterminative, sans virgule) : « Mon frère, qui habite Lyon, vient demain. » |
| Virgule | Énumération | Elle sépare les éléments d'une série : « Il prit son manteau, son sac et ses clés. » |
| Point-virgule | Relation logique implicite | Il sépare deux propositions indépendantes fortement liées par le sens : opposition, conséquence, parallèle. |
| Deux-points | Annonce explicite | Ils annoncent une explication, une conséquence, une énumération ou une citation. |
La réponse attendue
④Les 6 familles de propositions subordonnées
Chaque subordonnée se reconnaît à son introducteur et se nomme par sa nature (la famille) et sa fonction globale dans la phrase. Les appellations retenues ici (relative, complétive, circonstancielle, interrogative indirecte, infinitive, participiale) sont celles de la terminologie grammaticale Éduscol 2020. Voici la vue d'ensemble à mémoriser ; les cartes qui suivent détaillent chaque famille avec son test.
| Famille | Introducteur | Fonction globale | Test express |
|---|---|---|---|
| Relative | qui, que, dont, où, lequel (pronom relatif) | Épithète du nom (antécédent) | Un antécédent nominal juste avant le pronom ? |
| Complétive | que (conjonction, sans antécédent) | COD, sujet ou attribut du verbe | « que » non déplaçable, sans antécédent ? |
| Circonstancielle | quand, parce que, si, bien que, pour que… | CC (temps, cause, condition, but…) | Supprimable et déplaçable ? |
| Interrogative indirecte | si, qui, ce que, comment, où, pourquoi… | COD d'un verbe de question | Verbe demander/savoir/ignorer + pas d'antécédent ? |
| Infinitive | aucun (verbe à l'infinitif) | COD d'un verbe de perception/factitif | Verbe de perception ou factitif + sujet propre distinct ? |
| Participiale | aucun (participe présent ou passé) | CC (temps, cause, condition) | Participe + sujet propre distinct, détaché par une virgule ? |
qui me séparaient du monde« les portes qui me séparaient du monde » : relative, épithète du nom « portes » |
Test — Y a-t-il un antécédent nominal juste avant le pronom relatif ? Si oui : relative.
Piège — Le pronom relatif a une nature stable. Sa fonction dans la relative (qui = sujet, dont = CDN ou COI…) se trouve par dépronominalisation : voir Les fonctions syntaxiques et Le groupe nominal et ses expansions.
parce qu'on ne sait pas« On écrit parce qu'on ne sait pas » : circonstancielle, CC de cause |
Test — La proposition est-elle supprimable et déplaçable ? Si oui : circonstancielle.
Piège — « car » relève de la coordination (déplacement impossible), pas de la subordination : ce n'est pas une circonstancielle.
les enfants jouer« Ma mère regardait les enfants jouer » : infinitive, COD du verbe « regardait » (sujet propre : « les enfants ») |
Test — Deux conditions simultanées : verbe de perception ou factitif, et sujet propre distinct de la principale.
Piège — « pour + infinitif » à même sujet n'est pas une infinitive : c'est un groupe infinitif, CC de but. Voir le piège n°3.
qu'il viendra« Je sais qu'il viendra » : complétive, COD du verbe « sais » |
Test — « que » sans antécédent nominal, non supprimable et non déplaçable : complétive.
Piège — Distinguer « que » conjonction (pas d'antécédent : complétive) et « que » pronom relatif (antécédent : relative). Voir le piège n°2.
Test — Pas d'antécédent + mot interrogatif dépendant d'un verbe comme demander, savoir ou ignorer : interrogative indirecte.
Piège — À ne pas confondre avec la relative : l'interrogative indirecte n'a pas d'antécédent et dépend d'un verbe de questionnement.
Le rideau levé« Le rideau levé, le spectacle commença » : participiale, CC de temps (sujet propre : « le rideau ») |
Test — Le participe a-t-il un sujet propre distinct de celui de la principale ? Si oui : participiale.
Piège — Si le participe partage le sujet de la principale, ce n'est pas une participiale mais une épithète détachée. Voir le piège n°4.
Trois précisions que le jury valorise
La relative se nuance. Déterminative (sans virgule) : elle restreint le nom et n'est pas supprimable (« les élèves qui travaillent réussissent »). Explicative (entre virgules) : elle ajoute une information non essentielle (« mes élèves, qui travaillent, réussissent »).
La consécutive existe. Avec si… que, tellement… que, au point que, on a une circonstancielle de conséquence (« Il pleut tellement que la rue est inondée »).
⑤Les formes non conjuguées
L'infinitif, le participe présent, le gérondif et le participe passé sont des formes non conjuguées : par défaut, elles ne créent pas de proposition. Elles occupent une fonction dans la phrase, comme un mot ou un groupe.
| Forme | Reconnaissance | Fonctions habituelles | Exemple |
|---|---|---|---|
| Infinitif | -er, -ir, -re, -oir ; invariable | Sujet, COD, complément du nom, CC de but (pour + infinitif) | « Vivre, sans l'écriture, me va mal » : sujet de « va » |
| Participe présent | radical + -ant, sans « en », invariable | Épithète détachée du sujet ou d'un nom | « Une femme passa, tenant son enfant » : épithète détachée |
| Gérondif | « en » + -ant, invariable, même sujet | CC de manière, temps, cause, moyen | « Il rentra en chantant » : CC de manière |
| Participe passé | -é, -i, -u ; s'accorde avec le nom | Épithète liée ou détachée, ou noyau d'une participiale | « une élève épuisée » : épithète liée ; « Le rideau levé, le spectacle commença » : participiale |
Piège n°1 · Compter les formes non conjuguées comme des propositions
On croit : « Elle passa, tenant son enfant » analysé comme deux propositions.
En réalité : « tenant » est un participe présent non conjugué : il n'y a qu'une seule proposition. Seuls les verbes conjugués comptent.
Souligner uniquement les verbes conjugués. Infinitif, participe et gérondif ne comptent pas, sauf sujet propre distinct.
Piège n°2 · « que » : pronom relatif ou conjonction ?
On croit : Analyser systématiquement « que » comme une conjonction de subordination.
En réalité : Chercher un antécédent : antécédent présent → pronom relatif (relative) ; pas d'antécédent → conjonction (complétive).
« le livre que je lis » (antécédent « livre » : relatif) ; « Je sais que… » (pas d'antécédent : conjonction).
Piège n°3 · Subordonnée infinitive sans vérifier les deux conditions
On croit : « pour regarder les nuages » analysé comme une subordonnée infinitive.
En réalité : Il faut deux conditions : un verbe de perception ou factitif, et un sujet propre distinct. Ici, « monter » n'est pas un verbe de perception et le sujet est le même : c'est un groupe infinitif, CC de but.
Vérifier les deux critères avant de conclure : verbe introducteur de perception ou factitif, et sujet propre distinct.
Piège n°4 · Épithète détachée confondue avec subordonnée participiale
On croit : « Elle passa, tenant son enfant » analysé comme une subordonnée participiale.
En réalité : Le sujet de « tenant » est « elle », le même que celui de « passa » : c'est une épithète détachée. La participiale exige un sujet propre distinct.
Comparer le sujet du participe et celui de la principale. Même sujet : épithète détachée. Sujet distinct : participiale.
Cycle 1 (maternelle) : tout se joue à l'oral. L'enfant passe de la juxtaposition de mots à des phrases de plus en plus longues, et commence à relier ses idées avec « et », « parce que », « quand ». C'est la première forme de complexité, sans aucun terme savant.
Cycle 2 (CP-CE2) : les élèves travaillent surtout la phrase simple à l'écrit, repèrent le verbe conjugué et observent les signes de ponctuation (point, virgule, point d'interrogation).
Cycle 3 (CM1-6e) : on introduit la phrase complexe par observation : compter les verbes conjugués, repérer les mots de liaison (et, mais, parce que, qui, que). Les termes savants (subordonnée, principale) arrivent au cycle 4. Les attendus par cycle figurent dans les programmes de français en vigueur.
Ce que vous devez savoir dire : « On part du verbe conjugué : autant de verbes conjugués, autant de propositions. On observe ensuite comment elles sont reliées (juxtaposition, coordination, subordination). Cette démarche se prépare à l'oral dès la maternelle, puis se construit à l'écrit du cycle 2 au cycle 3. »
Méthode
Trois démarches à maîtriser
Combien de propositions dans : « Quand il arriva, elle lisait un roman » ? Nommez-les.
« Le rideau levé, le spectacle commença. » Délimitez et nommez les propositions.
Justifiez les deux-points : « Il comprit enfin : la porte était restée ouverte. »