Fonctions syntaxiques
Identifier le rôle de chaque mot ou groupe dans la phrase : la question du tableau nature + fonction.
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Comprendre
Avant de commencer
①Nature et fonction : à ne pas confondre
La nature d'un mot ou d'un groupe correspond à ce qu'il est : nom, verbe, adjectif, groupe nominal… Elle est stable et ne change pas selon la phrase (voir la notion 1).
La fonction syntaxique, elle, correspond à son rôle dans la phrase : sujet, complément, attribut… Elle dépend du contexte et peut varier. Un même groupe nominal peut par exemple être sujet dans « Le chat dort » et COD dans « Je regarde le chat ». Au concours, la réponse complète donne toujours les deux : nature ET fonction.
②Les fonctions liées au verbe
Ces fonctions se définissent par rapport au verbe. Pour les mémoriser, on peut les ranger dans cet ordre : qui commande le verbe (sujet), ce que le verbe complète (COD, COI, COS), ce qu'il attribue (attribut du sujet ou du COD), ce qui agit au passif (complément d'agent), puis les circonstances (CC).
Test — Encadrement « c'est… qui » : « C'est le chat qui dort ».
Piège — Sujet postposé (inversé) fréquent en poésie : « Monte une humble flamme » → « une humble flamme » est sujet, pas COD.
Test — « à / de qui ? quoi ? ». Pronominalisation : à + personne → lui/leur · de + chose → en · à + lieu → y. Passif impossible.
Piège — Certains pronoms personnels placés avant le verbe cachent la préposition : « m' » dans « Tu m'as menti » est COI, car on dit « mentir à quelqu'un ».
Test — Remplacer par « être + adjectif » : « Il semble fatigué » équivaut à « Il est fatigué ».
Piège — Pour avoir un attribut du sujet, il faut un verbe d'état qui relie le sujet à une qualité ou une identité : « Il semble fatigué ». Sans ce verbe d'état, l'adjectif est une épithète : « Fatigué, il rentre ». Attention aussi à l'attribut du COD : il ne qualifie pas le sujet, mais le COD. Exemple : dans « Je trouve ce livre intéressant », « intéressant » qualifie « ce livre » (COD), pas « je ».
Test — Transformer au passif puis revenir à l'actif : « La souris est mangée par le chat » → « Le chat mange la souris ». « Le chat » accomplit l'action : c'est le complément d'agent.
Piège — Tous les groupes introduits par « par » ne sont pas des compléments d'agent. Dans « Il passe par Paris », « par Paris » indique le lieu : c'est un CC. Le complément d'agent apparaît avec un verbe au passif et correspond au sujet de la phrase active.
Test — « qui ? / quoi ? » sans préposition. Pronominalisation par le/la/les. Passif souvent possible (« une pomme est mangée »).
Piège — Verbes faussement directs : obéir À, nuire À, ressembler À, pardonner À. Ils sont en réalité transitifs indirects (COI).
Test — Schéma verbe + COD + COS. Le COS répond à « à qui ? » en présence d'un COD.
Piège — Rare au concours. Ne pas le confondre avec un COI seul : le COS suppose un COD à côté.
Test — « COD + être + attribut » : « Je le crois sincère » donne « il est sincère ».
Piège — Ne pas confondre avec l'épithète liée : la nuance est fine. Dans « Je trouve ce livre intéressant », « intéressant » est attribut du COD, car il apporte une information sur le COD « ce livre » par l'intermédiaire du verbe « trouve ». Dans « un livre intéressant », « intéressant » est épithète liée : il appartient directement au groupe nominal « un livre intéressant », sans passer par un verbe.
Astuce — Types fréquents : temps (quand ?), lieu (où ?), manière (comment ?), cause (pourquoi ? à cause de quoi ?), but (dans quel but ?), condition (à quelle condition ?), concession (malgré quoi ?), moyen (avec quoi ?).
Test — Double test : mobilité en tête de phrase ET suppression sans rendre la phrase incorrecte. Les deux doivent fonctionner.
Piège — Un complément non supprimable n'est pas un CC libre mais un complément essentiel : « Il habite à Paris » (« Il habite » seul est bancal).
③Les fonctions dans le groupe nominal
Ces fonctions précisent un nom à l'intérieur du groupe nominal, ou se rattachent à un nom ou à l'interlocuteur. Complément du nom, épithète et apposition sont aussi étudiés comme expansions du nom dans la notion 3 sur le groupe nominal : ici, c'est leur fonction qui nous intéresse.
Test — Non mobile hors du GN : « De Pierre le livre » est impossible.
Piège — Ne pas confondre avec le CC : « Il part avec courage » (CC, mobile) n'est pas « un acte de courage » (CDN, non mobile). Même préposition, deux fonctions : « de Paris » est CDN dans « la gare de Paris », CC dans « Elle revient de Paris ».
Test — Entre virgules, supprimable, et désigne la même réalité que le nom.
Piège — Pour un adjectif détaché (« Paul, ravi, sourit »), on retient le terme épithète détachée ; certaines grammaires l'appellent apposition de l'adjectif : les deux désignent la même fonction et sont admis. À distinguer du CDN (pas de virgule) et de l'apostrophe (qui interpelle sans lien syntaxique).
Test — Y a-t-il un verbe d'état entre le nom et l'adjectif ? Non → épithète. Oui → attribut.
Piège — Sans verbe d'état entre le nom et l'adjectif, c'est une épithète, jamais un attribut du sujet.
Test — Supprimable sans altérer la phrase. Isolée par une virgule ou un point d'exclamation.
Piège — N'a aucune fonction syntaxique : il faut le signaler explicitement. À ne pas confondre avec l'apposition, qui a un lien avec un nom.
④Tester une fonction : un exemple complet
Les tests servent surtout quand plusieurs analyses semblent possibles. On part d'une phrase, on isole le groupe à analyser, puis on vérifie son rôle par manipulation. Exemple de départ : « Le soir, les enfants regardent un film. »
| Groupe à analyser | Manipulation utile | Conclusion |
|---|---|---|
| « les enfants » | Encadrement : « Ce sont les enfants qui regardent un film. » Le groupe commande aussi l'accord du verbe. | Sujet du verbe « regardent ». |
| « un film » | Question après le verbe : les enfants regardent quoi ? « un film ». Pronominalisation : « Les enfants le regardent. » | COD du verbe « regardent ». |
| « Le soir » | Déplacement et suppression : « Les enfants regardent un film le soir » ; « Les enfants regardent un film ». La phrase reste correcte. | Complément circonstanciel de temps. |
Le jury demande très souvent la fonction de qui, que, dont, où. Sa nature est pronom relatif ; sa fonction se trouve dans la proposition subordonnée relative, jamais dans la principale. La méthode est toujours la même : on dépronominalise, c'est-à-dire qu'on remet l'antécédent à la place du pronom dans la subordonnée, puis on lit la fonction du groupe obtenu. La subordonnée relative elle-même est travaillée dans la notion 5 sur la phrase complexe.
| Pronom | On le remplace par… | Fonction la plus fréquente | Exemple dépronominalisé |
|---|---|---|---|
| qui | l'antécédent, devant le verbe | Sujet du verbe de la relative | « l'homme qui parle » → « l'homme parle » → sujet |
| que | l'antécédent, après le verbe | COD du verbe de la relative | « le livre que je lis » → « je lis le livre » → COD |
| dont | de + l'antécédent | COI, CDN ou complément de l'adjectif (selon le mot complété) | « la maison dont je rêve » → « je rêve de la maison » → COI |
| où | dans / à + l'antécédent | CC de lieu ou de temps | « la ville où je vis » → « je vis dans la ville » → CC de lieu |
| Fonction | Elle se rattache à… | Question / test décisif | Exemple (groupe en gras) |
|---|---|---|---|
| Sujet | au verbe (qu'il commande) | Encadrement « c'est… qui » | « Le chat dort » |
| COD | au verbe, sans préposition | qui ? quoi ? + pronom le/la/les | « Elle mange une pomme » |
| COI | au verbe, préposition à / de | à/de qui ? quoi ? + pronom lui/y/en | « Il pense à ses vacances » |
| COS | au verbe, 2ᵉ complément | « à qui ? » en présence d'un COD | « Il offre des fleurs à sa mère » |
| Attribut du sujet | au sujet, via un verbe d'état | Remplacer le verbe par « être + … » | « Il semble fatigué » |
| Attribut du COD | au COD, via trouver/croire/élire… | « COD + être + … » | « Je le crois sincère » |
| Complément d'agent | au verbe passif (par / de) | Repasser à la voix active | « mangée par le chat » |
| Complément circonstanciel | à la phrase (circonstance) | Mobile ET supprimable | « Demain, il part » |
| Complément du nom (CDN) | à un nom, dans le GN | Non mobile hors du GN | « le livre de Pierre » |
| Épithète | à un nom (adjectif) | Adjectif lié ou détaché, sans verbe d'état | « une maison bleue » |
| Apposition | à un nom (entre virgules) | Désigne la même réalité, supprimable | « Hugo, grand poète, … » |
| Apostrophe | à l'interlocuteur (interpelle) | Supprimable, hors syntaxe | « Mes amis, écoutez-moi » |
Piège n°1 · Sujet inversé non identifié
On croit : Dans « Monte en moi une humble flamme », « une humble flamme » est analysé comme COD.
En réalité : « une humble flamme » est le sujet du verbe « monte » : le sujet est postposé (placé après le verbe).
Toujours tester l'encadrement, même quand le sujet est après le verbe : « C'est une humble flamme qui monte en moi ».
Piège n°2 · COD / COI : la préposition absorbée
On croit : Dans « Tu m'as menti », « m' » est analysé comme COD.
En réalité : « mentir À quelqu'un » est un verbe transitif indirect : « m' » est donc COI.
Remplacer le pronom par le GN : « Tu as menti à moi » fait apparaître la préposition, donc COI. Les pronoms personnels placés avant le verbe (m', t', lui…) peuvent cacher cette préposition.
Piège n°3 · Épithète détachée confondue avec attribut du sujet
On croit : Dans « Elle souriait, muette, heureuse », « muette » est analysé comme attribut du sujet.
En réalité : C'est une épithète détachée : il n'y a pas de verbe d'état entre « elle » et « muette ».
Y a-t-il un verbe d'état (être, sembler, paraître…) entre le sujet et l'adjectif ? Non → épithète détachée. Oui → attribut du sujet.
Piège n°4 · CC non supprimable confondu avec CC mobile
On croit : Dans « Il habite à Paris », « à Paris » est analysé comme CC de lieu supprimable.
En réalité : « Il habite » seul est bancal : « à Paris » est un complément essentiel de lieu (non supprimable).
Double test, mobilité ET suppression. Si l'un échoue, ce n'est pas un CC libre mais un complément essentiel.
Piège n°5 · L'apostrophe n'a pas de fonction syntaxique
On croit : Dans « Tu m'as menti, vieil imposteur », « vieil imposteur » est analysé comme COD ou apposition.
En réalité : C'est une apostrophe : elle interpelle l'interlocuteur et n'a aucun lien syntaxique avec la phrase.
Supprimer le groupe : « Tu m'as menti » reste complet, donc apostrophe. Toujours signaler qu'elle est hors syntaxe.
Cycle 1 (maternelle) : aucune terminologie syntaxique. Les élèves comprennent à l'oral « qui fait quoi » dans une phrase simple (qui fait l'action, sur quoi elle porte). C'est le socle implicite du futur repérage du sujet et du complément.
Cycle 2 (CP-CE2) : on installe le sujet et le verbe par manipulation (déplacer, remplacer par un pronom, encadrer par « c'est… qui »). Les élèves repèrent « de qui ou de quoi on parle » (le sujet) et « ce qu'on en dit » (le verbe et son groupe).
Cycle 3 (CM1-6e) : la phrase s'analyse en sujet, prédicat (ce qu'on dit du sujet, autour du verbe), puis complément de phrase (déplaçable et supprimable, équivalent du CC) et complément du verbe (non déplaçable, équivalent du COD/COI). On introduit aussi le complément du nom et l'attribut du sujet. Les attendus par cycle figurent dans les programmes de français en vigueur.
Ce que vous devez savoir dire : « À l'école, on ne parle pas tout de suite de COD ou de COI : on construit d'abord le couple sujet / prédicat au cycle 3, puis on distingue le complément de phrase (déplaçable, supprimable) du complément du verbe (lié au verbe). Le métalangage du concours (COD, COI, CC, attribut) prolonge et précise ces repères construits dès le cycle 2 par la manipulation. »
Méthode
Une fonction se trouve par étapes, jamais au feeling
Donnez la fonction du groupe souligné : « Elle parle à son ami. »