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19Partie 2 : Lexique★★★ Tombe chaque annéeCycle 3-4 · BOEN n°1 du 22 janvier 2019

Les figures de style et les registres

Comparaison, métaphore, personnification, métonymie, synecdoque, hyperbole, litote, antithèse, registres de langue et littéraires.

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Comprendre

Avant de commencer

Les figures de style exploitent les ressources du langage pour produire un effet. Au concours, on demande systématiquement d'identifier la figure, de la nommer précisément, et surtout d'analyser son effet dans le texte. La plupart des candidats savent reconnaître et nommer une figure ; c'est l'analyse de l'effet qui fait défaut, et c'est précisément là que se jouent les points. Retenez ce réflexe dès maintenant : une figure repérée n'a de valeur que si vous dites ce qu'elle produit. Cette notion prolonge le sens propre et le sens figuré vus à la fiche relations sémantiques ; sur l'enseignement du lexique, voir les ressources Lexique et culture d'Éduscol.

Les figures d'analogie

Comparaison
Rapproche deux éléments au moyen d'un outil explicite (comme, tel, semblable à, ressembler à).
comme« Vivre, sans l'écriture, me va mal, comme un habit trop lâche. » (comparé : la vie sans écriture ; outil : comme ; comparant : un habit trop lâche)

AstuceTest : un outil visible (comme, tel, semblable à) → comparaison.

TestEffet : rend sensible une idée abstraite par une image concrète ; la ressemblance est suggérée, non imposée, ce qui laisse au lecteur une marge d'interprétation.

Métaphore
Assimile deux éléments sans outil de comparaison (A est B, ou le A de B). Plus forte que la comparaison.
ma route est une impasseune humble flammel'éclaboussure des âmes humaines« ma route est une impasse » ; « une humble flamme » (l'inspiration) ; « l'éclaboussure des âmes humaines » (les vices)

AstuceOn peut souvent y réinsérer « comme » pour la transformer en comparaison.

TestEffet : rapprochement plus dense et plus saisissant que la comparaison ; en fondant les deux termes, la métaphore condense l'image et oblige le lecteur à reconstruire le lien, donc à s'impliquer.

Métaphore filée
Une métaphore développée sur plusieurs phrases : le même comparant est décliné en images cohérentes.
Métaphore du voyage désorienté : route, impasse, chemin sans destination, terres inconnues, à tâtons, trébucher

TestEffet : tisse une cohérence d'image sur tout le passage et installe une vision d'ensemble ; la repérer prouve une lecture globale du texte, ce que le jury valorise.

Personnification
Attribue des caractéristiques humaines (action, sentiment, volonté) à un inanimé, un animal ou une abstraction.
la langue n'est pas un objet inerte… c'est elle qui nous transforme« la langue n'est pas un objet inerte… c'est elle qui nous transforme » : la langue agit comme un sujet

TestEffet : donne vie, mouvement et volonté à ce qui n'en a pas ; peut inverser un rapport de force, rendre une abstraction menaçante ou attendrissante selon le contexte.

Comparaison ou métaphore ?

C'est la confusion la plus fréquente. Comparaison = « A comme B » (outil visible). Métaphore = « A est B » ou « le A de B » (pas d'outil). Test : peut-on repérer un « comme » ? Si oui, c'est une comparaison.

Figures d'insistance et d'opposition

Hyperbole
Exagération volontaire, par amplification.
des torrents de larmesje meurs de faim« des torrents de larmes » ; « je meurs de faim »

TestEffet : frappe l'imagination, dramatise ou amuse ; donne du relief à une émotion.

Litote
Dire moins pour suggérer davantage.
Va, je ne te hais point« Va, je ne te hais point » (= je t'aime)

TestEffet : renforce par la retenue ; l'atténuation laisse deviner une intensité plus grande.

Antithèse
Oppose deux termes contraires placés dans des groupes distincts.
Je vis, je meurs.« Je vis, je meurs. » (Louise Labé)

TestEffet : met un contraste en relief, structure une opposition d'idées et dynamise le propos.

Oxymore
Réunit deux termes contradictoires dans le même groupe de mots.
une obscure clartéun silence éloquent« une obscure clarté » ; « un silence éloquent »

TestEffet : crée une tension, exprime un paradoxe ou un trouble que les mots seuls ne diraient pas.

Anaphore
Répète un mot en début de phrase ou de membre de phrase.
Je suis monté… j'ai vu… je suis descendu…« Je suis monté… j'ai vu… je suis descendu… »

TestEffet : martèle, rythme et insiste ; crée un effet d'accumulation et d'amplification.

Litote ou euphémisme ?

La litote dit moins pour suggérer davantage (amplification par l'atténuation, souvent ironique). L'euphémisme atténue par pudeur pour éviter un mot trop direct : « il nous a quittés » (= il est mort) est un euphémisme, pas une litote.

Antithèse ou oxymore ?

L'antithèse oppose deux termes dans des groupes distincts (domination / transformation). L'oxymore comprime la contradiction dans un même groupe (« obscure clarté »), créant une tension plus intense.

Les figures de substitution

Métonymie
Désigne une réalité par un autre terme uni à elle par un lien logique réel : le contenant pour le contenu, la cause pour l'effet, le lieu pour l'institution, l'auteur pour l'œuvre, l'instrument pour celui qui s'en sert.
Boire un verreun Zolal'Élysée« Boire un verre » (le contenant pour le contenu) ; « lire un Zola » (l'auteur pour l'œuvre) ; « l'Élysée a démenti » (le lieu pour l'institution)

AstuceLien réel (de contiguïté), pas de ressemblance : c'est ce qui la sépare de la métaphore.

TestEffet : condense l'expression et évoque une réalité par association ; rapide et imagée, elle évite la répétition et joue sur la connivence avec le lecteur.

Synecdoque
Variété de métonymie fondée sur un rapport d'inclusion : la partie pour le tout (ou l'inverse), le singulier pour le pluriel, la matière pour l'objet.
Une voileferspain« Une voile à l'horizon » (la partie pour le tout : le bateau) ; « les fers » pour les chaînes (la matière pour l'objet) ; « gagner son pain » (un aliment pour la nourriture)

TestEffet : suggère un ensemble par un détail significatif ; en isolant un fragment, elle attire l'attention sur lui et donne du relief à l'image.

Métonymie, synecdoque ou métaphore ?

La synecdoque est une métonymie particulière, fondée sur l'inclusion (« une voile » pour un bateau) ; la métonymie au sens large repose sur un autre lien logique (contenant, cause, lieu…). Au concours, nommer « métonymie » une synecdoque est le plus souvent accepté (la synecdoque est un cas de métonymie). À distinguer de la métaphore, qui repose sur une ressemblance (analogie), non sur un lien réel : « boire un verre » est une métonymie, « un torrent de larmes » une métaphore.

Les registres

Registres de langue (niveaux de langue)
RegistreCaractéristiquesExempleCe qu'il révèle
SoutenuVocabulaire recherché, syntaxe complexe, tournures littéraires« Je ne saurais y consentir. »Distance, solennité, maîtrise de la langue ou milieu cultivé
CourantVocabulaire standard, syntaxe correcte sans recherche« Je ne peux pas accepter. »Neutralité, communication ordinaire entre locuteurs
FamilierVocabulaire relâché, syntaxe simplifiée, expressions populaires« J'peux pas. »Proximité, oralité, spontanéité ; sert souvent à camper un personnage
Registres littéraires (ton et atmosphère)
RegistreCaractéristiquesEffet recherché sur le lecteur
LyriqueExpression des émotions intimes, « je », vocabulaire des sentimentsÉmouvoir, faire partager une émotion personnelle, susciter l'identification
ÉpiqueGrandeur, héroïsme, amplification (hyperboles, pluriels)Grandir le sujet, susciter l'admiration, donner une dimension collective
PathétiqueÉmotion intense, souffrance, malheurÉmouvoir, susciter la pitié et la compassion pour un personnage
Comique / ironiqueDécalage, jeu de langage, dire le contraire de ce qu'on penseFaire rire ou sourire ; l'ironie critique en gardant une distance

Deux notions distinctes

Ne pas confondre le registre de langue (le niveau de langue : soutenu, courant, familier) et le registre littéraire (le ton : lyrique, pathétique…). Un texte peut être de registre de langue soutenu ET de registre littéraire pathétique.
Le piège de la ficheErreur très fréquente

Piège n°1 · appeler « métaphore » une comparaison

On croit : « comme un habit trop lâche » est une métaphore.

En réalité : La présence de l'outil « comme » en fait une comparaison. La métaphore assimile sans outil.

Chercher un outil (comme, tel, semblable à) : s'il y en a un, c'est une comparaison.

Le piège de la ficheSource d'erreurs

Piège n°2 · confondre métaphore simple et filée

On croit : « ma route est une impasse » est une métaphore filée.

En réalité : C'est une métaphore simple (un seul terme). La métaphore filée, c'est l'ensemble du passage : route, impasse, chemin sans destination, terres inconnues, à tâtons.

Après avoir repéré une métaphore, relire tout le passage pour chercher d'autres termes du même domaine.

Le piège de la ficheCas difficile

Piège n°3 · litote ou euphémisme ?

On croit : « il nous a quittés » est une litote.

En réalité : C'est un euphémisme : on atténue par pudeur. La litote, elle, dit moins pour suggérer davantage (intention d'amplification).

Y a-t-il une amplification cachée (litote) ou seulement une volonté d'adoucir (euphémisme) ?

Le piège de la fichePerte de points

Piège n°4 · nommer sans analyser l'effet

On croit : « “un habit trop lâche” est une comparaison car il y a “comme”. » (et on s'arrête là)

En réalité : Il faut analyser l'effet : cette image du vêtement mal taillé exprime l'inadéquation de la vie sans écriture à l'autrice, qui s'y perd, s'y empêtre.

Après avoir nommé la figure, toujours expliquer ce qu'elle produit dans le texte (la paraphrase ne suffit pas).

Ce que ça donne à l'école primairele regard du futur enseignant

Cycle 1 (maternelle) : on joue avec les sonorités et le langage (comptines, rimes, formulettes), et les enfants rencontrent des expressions imagées sans aucune analyse.

Cycle 2 : on distingue le sens propre du sens figuré (« il pleut des cordes »), on explique des expressions imagées du quotidien et on travaille les niveaux de langue à l'oral (adapter sa façon de parler selon la situation).

Cycle 3 : les élèves découvrent la comparaison puis la métaphore simples, et commencent à percevoir l'effet d'une image dans un texte lu ; l'écart entre langage courant et langage soutenu se précise.

Ce que vous devez savoir dire : « On enseigne d'abord la comparaison (repérable à “comme”) avant la métaphore, car elle est plus explicite. L'objectif n'est pas d'étiqueter des figures, mais de faire sentir ce qu'une image apporte au texte. » (voir Éduscol, Lexique et culture et l'étude de la langue cycles 2 et 3)

Méthode

La méthode d'analyse, pas à pas

Repérer la famille d'une figure et la nommer précisément, identifier le registre, puis rédiger une analyse complète : ces démarches valent pour toutes les figures, pas seulement la comparaison et la métaphore. Chacune se termine par un checkpoint et par la formulation exacte attendue le jour J.
Rappel expressce que le jury attend
Comparaison = outil explicite ; métaphore = pas d'outil ; filée = développée sur le passage.
Registre de langue = niveau (soutenu / courant / familier) ; registre littéraire = ton (lyrique, pathétique…).
Une figure se nomme, se cite, s'explique, et surtout s'analyse dans son effet.
Qualité plus que quantité : mieux vaut analyser finement deux procédés que d'en lister dix sans les expliquer.
MéthodeRepérer la famille d'une figure et la nommer précisément
Question typique : « Relevez et nommez précisément la figure de style dans la phrase : “ma route est une impasse”. »
1
Repérer l'écart de langage et le classer dans une famille. Un rapprochement de sens → analogie (comparaison, métaphore, personnification). Une exagération ou une atténuation → insistance (hyperbole, litote). Des termes contraires → opposition (antithèse, oxymore). Une répétition en tête de membre → anaphore.
« ma route est une impasse » : l'écriture est rapprochée d'un chemin → famille de l'analogie.
2
Affiner dans la famille. Pour l'analogie, chercher l'outil de comparaison (comme, tel, semblable à) : présent → comparaison, absent → métaphore. Pour l'opposition, regarder si les contraires sont dans des groupes distincts (antithèse) ou dans le même groupe (oxymore).
Aucun outil, le verbe « est » assimile directement → métaphore (et non comparaison).
Le geste décisif : ne jamais appeler « métaphore » une image construite avec « comme ». C'est l'erreur de nomenclature la plus sanctionnée.
3
Vérifier l'extension de l'image : pour une métaphore, relire le passage pour repérer d'autres termes du même domaine. S'il y en a, elle est filée.
« route, impasse, chemin sans destination, terres inconnues, à tâtons » → métaphore filée du voyage.
Vérif
Réponse attendue (formulation modèle) : « “ma route est une impasse” est une métaphore : l'écriture est assimilée à un chemin sans issue, sans outil de comparaison. Elle s'inscrit dans une métaphore filée du voyage désorienté, développée sur tout le passage (route, impasse, terres inconnues, à tâtons), qui construit l'écriture comme une errance risquée. »
Checkpointà vous de jouer
30 secondes

Nommez précisément la figure dans : « Ses yeux brillaient comme des étoiles. »

MéthodeIdentifier le registre (de langue puis littéraire)
Question typique : « Caractérisez le registre du passage : “Ô mon fils, mon unique espérance, faut-il que je te survive ?” »
1
Identifier le registre de langue en observant le vocabulaire et la syntaxe : recherché → soutenu, standard → courant, relâché → familier.
« faut-il que je te survive », tournure soignée et lexique choisi → registre de langue soutenu.
2
Identifier le registre littéraire en observant le ton, l'émotion et l'effet visé : souffrance et pitié → pathétique, émotion intime et « je » → lyrique, grandeur → épique, décalage et raillerie → comique ou ironique.
l'apostrophe « Ô mon fils » et l'expression de la douleur appellent la pitié → registre pathétique.
Le piège à éviter : traiter « soutenu » (registre de langue) et « pathétique » (registre littéraire) comme s'ils étaient de même nature. Ce sont deux niveaux d'analyse, et un texte cumule souvent les deux.
Vérif
Réponse attendue (formulation modèle) : « Ce passage relève d'un registre de langue soutenu (syntaxe soignée, lexique choisi) et d'un registre littéraire pathétique : l'apostrophe et l'expression de la douleur paternelle suscitent la pitié du lecteur. »
Checkpointà vous de jouer
30 secondes

« Monte en moi une humble flamme. » Quel registre littéraire, et pourquoi ?

MéthodeRédiger l'analyse complète d'une figure (les quatre temps)
Question typique : « Relevez et analysez un procédé stylistique dans : “l'éclaboussure des âmes humaines” (Lola Lafon). »
1
Nommer la figure et citer le passage exact entre guillemets.
« l'éclaboussure des âmes humaines » est une métaphore.
2
Expliquer le mécanisme : repérer le comparé, le comparant, et la présence ou l'absence d'outil.
la part trouble des humains (comparé) est assimilée à une projection de boue, une éclaboussure (comparant), sans outil de comparaison.
3
Analyser l'effet dans le texte : ce que l'image suggère, le sens qu'elle apporte au propos.
l'image de la souillure rend tangible la laideur morale et traduit un regard lucide, presque amer, sur l'humanité.
Le geste qui rapporte les points : analyser l'effet. Nommer et paraphraser sans l'effet ne vaut presque rien au concours.
Vérif
Réponse attendue (formulation modèle) : « “l'éclaboussure des âmes humaines” est une métaphore : la part trouble des hommes est assimilée à une projection de boue, sans outil de comparaison. L'image de la souillure rend concrète et visible la laideur morale, et traduit le regard sans complaisance de l'autrice sur l'humanité. »
Checkpointà vous de jouer
30 secondes

Analysez la phrase « Il sentait le vide de sa vie s'étendre autour de lui. » : nommez la figure et analysez son effet.

Méthode bien en tête ? Passez à l’application.