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14Partie 1 : Grammaire du texte et du discours★★ Fréquent · utile aux Parties 1, 2 et 3Cycle 3-4 · BOEN n°1 du 22 janvier 2019

La cohérence textuelle

Reprises anaphoriques, chaîne référentielle, progression du texte, connecteurs logiques et champ lexical.

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Comprendre

Avant de commencer

La cohérence textuelle désigne l'ensemble des mécanismes qui font qu'un texte est intelligible et unifié. Elle repose sur quatre piliers : la continuité référentielle (on parle des mêmes entités), la progression (chaque phrase apporte du nouveau), la cohérence logique (les relations entre propositions sont explicites) et l'unité du champ lexical. C'est une notion utile dans les trois parties de l'épreuve : pour analyser un texte (Partie 1), pour expliquer le lexique (Partie 2) et pour **rédiger** (Partie 3).

Cohésion et cohérence : deux mots à ne pas confondre

La cohésion réunit les marques visibles à la surface du texte : reprises, connecteurs, temps verbaux. La cohérence est plus large : c'est l'impression d'unité et de logique d'ensemble, qui suppose aussi que le texte ne se contredise pas et reste pertinent. Un texte peut être cohésif (bien outillé) tout en étant incohérent (s'il se contredit). Au concours, on attend les deux : des outils corrects et un propos qui se tient.

Les reprises anaphoriques et la chaîne référentielle

Une anaphore est un terme qui reprend un élément déjà introduit dans le texte (l'antécédent). Plus rarement, la reprise précède son référent : on parle alors de cataphoreIl était une fois un roi… » : « il » annonce « un roi »). L'ensemble des expressions qui désignent un même référent forme une chaîne référentielle. C'est elle qui assure la continuité du texte, sans répétition maladroite.

Reprise pronominale
2 sous-classes
Un pronom (personnel, démonstratif, possessif, relatif) reprend l'antécédent.

TestAssure la continuité référentielle en évitant la répétition lexicale.

Reprise nominale fidèle
2 sous-classes
Le même nom est repris, avec un déterminant différent (indéfini puis défini ou démonstratif).
Reprise nominale infidèle
Le référent est repris par un autre mot (synonyme, hyperonyme, périphrase…). Voir les relations sémantiques (notion 18).
l'animalle poète du peuple« un chien… l'animal… » (hyperonyme) ; « Victor Hugo… le poète du peuple… » (périphrase)
Les types de reprise nominale infidèle
TypePrincipeExemple
SynonymeMot de sens voisin« un chien… le clébard… »
HyperonymeTerme générique englobant« un berger allemand… le chien… »
HyponymeTerme plus spécifique« un animal… le labrador… »
Périphrase / métaphoreReformulation imagée« Victor Hugo… le poète du peuple… »
NominalisationUn verbe ou un adjectif devient un nom« Il trembla. Ce tremblement… »

La formule d'analyse

« [terme] est une reprise [pronominale / nominale fidèle / nominale infidèle] de [antécédent] : elle assure la continuité référentielle, tout en [variant le registre / ajoutant une valeur évaluative]. »
Une chaîne référentielle au fil du texte. L'antécédent « Un vieux professeur » est introduit en premier, puis repris deux fois : par « L'homme » (reprise nominale infidèle, hyperonyme), puis par le pronom « Il » (reprise pronominale). Toutes ces expressions désignent le même référent et se relient à lui par des flèches qui remontent vers l'antécédent.
Reconstituer une chaîne référentielle, c'est relier chaque reprise à un même antécédent et nommer son type.
Anaphore associative (rare) : une reprise peut désigner un élément simplement associé à ce qui précède, sans le reprendre directement. « Nous entrâmes dans le village. L'église était fermée. » « L'église » n'a pas d'antécédent exact : on la rattache au village par association. C'est un autre fil de cohésion, à côté de la chaîne référentielle.

La progression du texte

Un texte cohérent avance : chaque phrase apporte une information nouvelle. Pour le décrire, on observe deux composantes dans chaque phrase. Le thème est ce dont on parle, le point de départ déjà connu (souvent en début de phrase). Le rhème (ou propos) est ce qu'on en dit, l'information nouvelle. Les trois schémas de progression se définissent par le jeu de ces deux éléments d'une phrase à l'autre.

Les trois progressions, vues par le thème et le rhème
SchémaMécanismeEffet dominant
Linéaire (en cascade)Le rhème d'une phrase devient le thème de la suivanteMouvement, fréquent dans les récits
À thème constantLe même thème est repris, le rhème change à chaque phraseUnité, fréquent dans descriptions et portraits
À thèmes dérivésUn thème général (hyperthème) se divise en sous-thèmesAnalyse, fréquent dans les textes explicatifs
Les trois schémas de progression décrits avec le thème (T, information connue) et le rhème (R, information nouvelle). Progression linéaire : le rhème d'une phrase devient le thème de la suivante, en escalier (R1 devient T2, R2 devient T3). Progression à thème constant : le même thème T est repris à chaque phrase, avec un rhème différent (R1, R2, R3). Progression à thèmes dérivés : un hyperthème général se divise en plusieurs sous-thèmes, chacun avec son rhème (T1-R1, T2-R2, T3-R3).
Les nommer en concours est un plus ; l'essentiel est de montrer qu'on comprend comment l'auteur fait circuler l'information.
Progression linéaire (enchaînement en cascade)
Chaque phrase repart d'un élément nouveau introduit par la précédente.
Paul rencontra une vieille dame. Cette dame portait un bouquet. Ces fleurs embaumaient la rue.« Paul rencontra une vieille dame. Cette dame portait un bouquet. Ces fleurs embaumaient la rue. »

TestEffet : mouvement narratif fluide, fréquent dans les récits.

Progression à thème constant (sujet central)
Toutes les phrases parlent du même sujet, repris sous des formes variées.
Paris est une ville lumineuse. Elle attire des millions de touristes. La capitale ne dort jamais.« Paris est une ville lumineuse. Elle attire des millions de touristes. La capitale ne dort jamais. »

TestEffet : unité thématique forte, fréquent dans les descriptions et les portraits.

Progression à thèmes dérivés (par aspects)
Un sujet général est décliné en plusieurs sous-sujets.
La forêt est un monde vivant. Les arbres y poussent. Les insectes y fourmillent. Les champignons colonisent le sol.« La forêt est un monde vivant. Les arbres y poussent. Les insectes y fourmillent. Les champignons colonisent le sol. »

TestEffet : organisation analytique, fréquent dans les textes explicatifs.

Les connecteurs logiques

Les connecteurs (ou articulateurs logiques) explicitent la relation logique entre deux propositions ou deux paragraphes. Leur absence est une faiblesse fréquente des copies : sans eux, le texte devient une suite de phrases sans lien.

Les principales relations logiques
RelationConnecteurs
Additionde plus, par ailleurs, en outre, également, qui plus est
Opposition / concessionmais, cependant, or, pourtant, néanmoins, en revanche, bien que
Causecar, parce que, puisque, en effet, étant donné que
Conséquencedonc, ainsi, par conséquent, c'est pourquoi, de ce fait
Illustrationpar exemple, notamment, ainsi, comme en témoigne
Reformulationc'est-à-dire, autrement dit, en d'autres termes
Ordre / énumérationd'abord, ensuite, puis, enfin, premièrement
Conclusionen conclusion, en définitive, bref, en somme, pour conclure

« malgré que » est à éviter à l'écrit

La construction « malgré que » + verbe est déconseillée par l'usage soutenu et la norme scolaire : mieux vaut s'en abstenir dans une copie. Employer « bien que » ou « quoique » + subjonctif, ou « malgré » + groupe nominal : « Bien qu'il soit fatigué… » ou « Malgré sa fatigue… », plutôt que « malgré qu'il soit fatigué ».

Le champ lexical dominant

L'ensemble des mots d'un texte qui se rapportent à un même domaine de sens forme un champ lexical. Quand ce réseau de sens revient tout au long du texte et l'organise en profondeur, on parle aussi d'isotopie. L'identifier ne sert donc pas seulement à « trouver le thème » : cela permet de comprendre l'atmosphère du texte, le point de vue adopté et l'effet produit sur le lecteur.

Champ lexical ≠ thème du texte

Le thème répond à la question « de quoi parle le texte ? ». Le champ lexical répond à la question « quels mots construisent ce thème, et avec quelles nuances ? ». Un texte peut avoir pour thème l'école, mais mobiliser un champ lexical du combat : « lutte », « effort », « obstacle », « victoire ». L'effet n'est pas neutre : l'école est alors présentée comme une épreuve à traverser.
Ce qu'il faut savoir observer
Point d'observationCe que l'on chercheExemple d'analyse
Répétitions lexicalesLes mots qui reviennent ou appartiennent au même domaine« ombre », « nuit », « obscur », « silence » → champ lexical de l'obscurité
Mots de même familleUn même radical peut structurer le passage« lire », « lecteur », « lecture », « lisible » → champ lexical de la lecture
Synonymes et termes associésLe champ lexical ne se limite pas aux répétitions exactes« marcher », « route », « départ », « horizon » → champ lexical du voyage
ConnotationsLa valeur positive ou négative des mots« refuge », « douceur », « lumière » créent une impression rassurante
Rupture lexicaleUn mot inattendu qui tranche avec l'ensembleUn terme violent dans un texte paisible peut créer un effet de menace ou de surprise
Champ lexical dominant
C'est le réseau de mots le plus présent ou le plus structurant dans le passage.
mervagueécumerivagemarée« mer », « vague », « écume », « rivage », « marée » : champ lexical de la mer.

TestIl donne une unité de sens au texte et oriente l'interprétation.

Champ lexical secondaire
Un autre réseau de mots peut accompagner le champ dominant et préciser l'effet.
peurmenacenaufrageDans un texte sur la mer, « peur », « menace », « naufrage » ajoutent un champ lexical du danger.

TestL'intérêt est souvent dans la rencontre de deux champs lexicaux : mer + danger, enfance + nostalgie, ville + oppression.

Connotation
Un mot ne transmet pas seulement une information : il porte une nuance affective, culturelle ou évaluative.
demeuremaisonbaraque« demeure » est plus noble que « maison » ; « baraque » est plus familier et dévalorisant.

TestAu concours, on gagne en précision quand on explique la valeur des mots, pas seulement leur thème commun.

FormuleMéthode en 4 étapes
① Relever au moins 4 ou 5 mots significatifs, pas seulement deux mots isolés.
② Regrouper ces mots par domaine de sens : nature, violence, école, voyage, lumière, enfermement…
③ Nommer le champ lexical avec précision : pas seulement « sentiments », mais « peur », « nostalgie », « admiration ».
④ Interpréter l'effet produit : atmosphère, regard de l'auteur, valorisation, dévalorisation, tension, rupture.

L'étape ④ est décisive : le jury attend toujours une interprétation, pas une simple liste.

Phrase modèle pour le concours

« Le passage mobilise le champ lexical de [domaine], comme le montrent les termes [mot 1], [mot 2], [mot 3]. Ce réseau lexical crée une atmosphère [effet] et présente [personnage / lieu / idée] comme [interprétation]. »
Un mot hors du champ lexical dominant peut être volontaire (effet d'humour, de surprise, de rupture) : toujours l'interpréter plutôt que le signaler comme une incohérence.
Le piège de la ficheRupture de continuité

Piège n°1 · une reprise dont l'antécédent est ambigu

On croit : « Pierre dit à Paul qu'il avait tort. » → on ne sait pas qui a tort : « il » peut renvoyer à Pierre ou à Paul.

En réalité : Reformuler pour lever le doute : « Pierre reconnut que Paul avait tort » ou « Pierre admit qu'il avait lui-même tort ».

Toute reprise doit renvoyer sans hésitation à un seul antécédent. En analyse comme en rédaction, vérifier qu'un pronom n'a pas deux antécédents possibles.

Le piège de la ficheAnalyse trop vague

Piège n°2 · confondre thème et champ lexical

On croit : « Le champ lexical est l'école parce que le texte parle de l'école. »

En réalité : « Le texte a pour thème l'école, mais il mobilise le champ lexical de l'effort : “obstacle”, “progresser”, “réussite”, “persévérer”. »

Distinguer ce dont parle le texte (thème) et les mots qui construisent une atmosphère ou un point de vue (champ lexical).

Le piège de la ficheRéponse incomplète

Piège n°3 · lister sans interpréter

On croit : « Le champ lexical est : nuit, ombre, obscur. »

En réalité : Ajouter l'effet : « Ce champ lexical de la nuit crée une atmosphère mystérieuse, légèrement inquiétante. »

Un relevé ne suffit jamais : il faut nommer le champ lexical, puis expliquer son effet dans le texte.

Le piège de la ficheErreur d'étiquette

Piège n°4 · mal nommer la progression

On croit : « Le texte suit une progression linéaire parce qu'il parle toujours de la lecture. »

En réalité : S'il parle toujours de la lecture en ajoutant plusieurs informations sur elle, c'est plutôt une progression à thème constant.

Repérer d'abord ce qui reste stable : même thème repris = thème constant ; information nouvelle reprise phrase après phrase = progression linéaire ; thème général décliné en sous-thèmes = thèmes dérivés.

Ce que ça donne à l'école primairele regard du futur enseignant

Cycle 3 : les élèves apprennent à éviter les répétitions (reprises pronominales) et à relier leurs idées par des connecteurs simples (d'abord, ensuite, mais, donc).

Cycle 4 : on travaille la progression et la cohérence d'un texte entier en production écrite.

Ce que vous devez savoir dire : « La cohérence d'un texte s'enseigne par des outils concrets : substituts du nom pour éviter les répétitions, connecteurs pour expliciter les liens. C'est ce que j'attends aussi de ma propre rédaction en Partie 3. »

Méthode

Trois démarches

Reconstituer une chaîne référentielle, analyser un connecteur et la progression, identifier et interpréter un champ lexical. Chacune se termine par un checkpoint.
Rappel expressles mots qui reprennent
Antécédent = l'élément introduit en premier ; reprise = ce qui le redésigne ensuite.
Reprise pronominale (il, celle-ci…) ou nominale (le même nom, ou un synonyme / hyperonyme).
Connecteur = mot qui explicite la relation logique entre deux idées.
Pour les reprises nominales infidèles, penser aux relations sémantiques (synonyme, hyperonyme) : voir la notion 18.
MéthodeReconstituer une chaîne référentielle
Question typique : « Relevez les reprises du référent et précisez leur type, dans : “Une fillette traversait le marché. Elle s'arrêta net : la petite avait repéré un étal de fruits.” »
1
Repérer l'antécédent (la première mention du référent).
« Une fillette traversait le marché. » → antécédent : « une fillette »
2
Relever chaque reprise dans l'ordre et nommer son type (pronominale, nominale fidèle, nominale infidèle).
« Elle » (pronominale) → « la petite » (nominale infidèle)
Vérif
Conclure sur l'effet : la chaîne assure la continuité et évite la répétition.
Bien vérifier que toutes les reprises désignent le même référent.
Checkpointà vous de jouer
30 secondes

« Un chien aboyait. L'animal semblait perdu. Il cherchait son maître. » Relevez les deux reprises de « un chien » et nommez leur type.

MéthodeAnalyser un connecteur et la progression
Question typique : « Quelle relation logique exprime le connecteur souligné, et comment le texte progresse-t-il ? : “Il s'était entraîné des mois ; par conséquent, il remporta la médaille.” »
1
Nommer la relation du connecteur (addition, opposition, cause, conséquence, illustration, reformulation…).
« par conséquent » → conséquence
2
Identifier le schéma de progression : linéaire, à thème constant, ou à thèmes dérivés.
« Paris… elle… la capitale… » → progression à thème constant
Vérif
Justifier l'effet : le connecteur balise le raisonnement ; la progression structure le propos.
Vérifier que le connecteur correspond bien à la relation réelle (ne pas confondre « par contre » et « par conséquent »).
Checkpointà vous de jouer
30 secondes

Quelle relation logique : « Il s'était entraîné des mois ; par conséquent, il remporta la médaille. » ?

MéthodeIdentifier et interpréter un champ lexical
Question typique : « Identifiez le champ lexical dominant et son effet, dans : “nuit, obscur, ombre, lune, silence”. »
1
Relever les mots qui évoquent un même domaine.
« nuit, obscur, ombre, lune » → domaine de la nuit
2
Nommer le champ lexical (ou l'isotopie).
champ lexical de la nuit / de l'obscurité
Vérif
Interpréter l'effet produit sur le lecteur (atmosphère, registre, intention).
Ne jamais s'arrêter à la liste : conclure sur l'effet est ce qui rapporte les points.
Checkpointà vous de jouer
30 secondes

« ferrailler, armée, général, soldat » : nommez le champ lexical et son effet (texte sur l'écriture).

Méthode bien en tête ? Passez à l’application.